Paul Guignard

 

Paul Guignard s'était révélé lors du Bordeaux Paris de 1894 comme un coureur de grand avenir. La suite n'avait pas démenti les pronostics que chacun avait émis à son sujet.

Il avait marché de succès en succès, de victoires en victoires. Cependant aucun triomphe retentissant n'avait encore consacré sa renommée.

Il n'y avait à son actif ni Grand Prix de Paris, ni championnat de France ou du Monde. Il n'avait pas non plus de records, de ces records enviés de tous les champions et qui, à l'égale des plus solennelles épreuves, consacrent pour longtemps leur renommée.

Le record de l'heure est, à ce point de vue, le premier de tous, et Paul Guignard songea à se l'approprier.

Malheureusement, ce fameux record de l'heure est aujourd'hui de telle nature que la valeur seule du coureur ne suffit pas pour le battre.

Les règlements de l'Union Vélocipédique de France ont admis qu'il pourrait être couru derrière grosses motocyclettes munies de grands coupe-vent. C'est dire que les vitesses obtenues sont, à l'heure actuelle, effroyables, et qu'il faut par conséquent, outre sa valeur propre, un imperturbable sang-froid, un courage à toute épreuve, et enfin un entraîneur de tout premier ordre, possédant lui-même des qualités absolument supérieures.

Guignard eut la chance de rencontrer un homme exceptionnel en son genre, Jean Bertin, de Marmande, qui autrefois avait été champion cycliste et qui, depuis, s'est fait une vraie réputation comme entraîneur. Bertin et Guignard étaient tous deux doués de sang-froid, tous deux pleins d'énergie, de courage… et de patience !

Du sang-froid et du courage ! Ah ! oui, il en fallait, et nos lecteurs pourront s'en rendre compte quand ils sauront que peu de temps avant que Guignard ait commencé la série de ses tentatives, une sanglante tragédie était venue jeter un voile de deuil sur le sport cycliste.

L'infortuné coureur Brécy essayait lui-même de battre le record de l'heure, entraîné par Bertin. La fourche de la motocyclette s'étant rompue, tandis que l'équipe roulait à 92 à l'heure, tous deux, coureur et entraîneur, furent précipités contre la barrière circulaire qui entoure la piste, et un instant on crut qu'on allait relever deux cadavres. Bertin n'eut par bonheur que des contusions sans gravité, mais hélas Brécy était frappé mortellement. Il succomba onze jours après cette lamentable catastrophe.

Il y avait là de quoi impressionner les esprits les plus robustes. Bertin, désespéré sans doute du malheur qui était arrivé au pauvre Brécy, n'en fut nullement émotionné pour lui-même. Il se remit en piste pour entraîner Guignard à l'assaut du record qui avait coûté la vie à l'un de ses plus excellents camarades.

 

Guignard recordman de l'heure

C'était en l'année 1905, au mois d'avril, Bertin avait convoqué au Parc des Princes le chronométreur officiel, qui n'était autre que l'auteur de ses lignes, et qui assista, on peut le dire, au record de la guigne (ah ! sous ce rapport le coureur portait bien son nom), au record de la persévérance, du sang-froid, du courage, et fort heureusement aussi au triomphe final.

Paul Guignard fit successivement huit tentatives, constamment poursuivi par une incroyable malchance. Tantôt c'était la pluie qui intervenait, tantôt la motocyclette arrêtée par quelque malencontreuse avarie, alors que l'allure du coureur était toujours magnifique. Au cours de l'un de ces essais, il restait à peine quelques kilomètres à faire, hélas ! Une ridicule petite avarie à la motocyclette, une paille, un rien, obligeait les malheureux à tout recommencer.

Enfin, à la huitième tentative, l'incroyable patience de ces deux énergiques lutteurs fut récompensée. 

Le record de l'heure était battu par 89 kilomètres et 904 mètres. Il y avait une ombre au tableau. La vaillante équipe avait espéré couvrir la formidable distance de 90 kilomètres dans l'heure, et il s'en fallait seulement de 96 mètres !

Il n'importe ! La performance était splendide, et à l'heure où ces lignes sont écrites, le record de Guignard est toujours debout.

Ajoutons que le recordman avait été vigoureusement aidé par M. Fenton, le sympathique directeur de la maison Clément , qui avait prodigué les encouragements au champion ; Alfred, directeur sportif de cette même maison, qui chaque jour était venu au vélodrome s'assurer de l'état des machines ; Price et Labat, l'un directeur de la maison Dunlop , le second directeur sportif, qui s'intéressaient tout spécialement à cette tentative.

 Source : Édouard de Perrodil, Les Étoiles de la piste (1905).
 
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